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Conférence | Le désir demeure désir : une joie ou une souffrance ? L’expérience érotique selon Platon, Lucrèce et Levinas

Publié le 26 septembre 2019 Mis à jour le 5 novembre 2019
Statue de Sénèque à Cordoue. Bronze moderne d'Amadeo Ruiz Olmos (es), 1965
Statue de Sénèque à Cordoue. Bronze moderne d'Amadeo Ruiz Olmos (es), 1965

Conférence publique de Jérôme LAURENT organisée par la Société Rhodanienne de Philosophie.

Intervention de Jérôme LAURENT (Professeur à l’Université de Caen), mercredi 13 novembre 2019 de 18h30 à 20h.

La soif est un désir de boire qui a pour but d’assouvir ce désir et qu’ainsi la souffrance de la soif disparaisse. En est-il ainsi de tout désir ? Le bonheur serait-il comme pour le sage stoïcien de ne pas désirer et d’avoir toujours ce qu’il nous faut ?

Platon tout au long de son œuvre (notamment dans le Banquet, la République, le Phèdre et le Philèbe) a médité l’équivocité de l’expérience du désir : souffrance de manquer du désirable, joie de rencontrer le désiré. Or si tout ou presque tout peut être à un certain moment désirable, il n’en reste pas moins que c’est l’expérience érotique qui est comme le cœur du désir : Platon parle à son propos d’une mania érotiké (Phèdre 249-253), d’un délire d’amour ou d’une folie désirante.

Cette folie qu’on appelle encore la passion amoureuse est condamnée par Lucrèce dans son poème De la Nature selon les principes de l’école épicurienne qui cherche à limiter les désirs au strict nécessaire. Le plaisir est certes toujours une bonne chose, sauf s’il s’accompagne de plus de troubles que de sérénité. La rêverie, comme pré-romantique, présentée dans ce qu’on appelle le « mythe de l’Androgyne » du discours d’Aristophane dans le Banquet (189d-191d) n’est-il pas la marque de la déraison, si les amoureux veulent ne faire plus qu’un et abolir leur identité ?

Cet oubli nihiliste du monde et de l’altérité dont le final du Tristan et Isolde de Wagner donne une saisissante image fait du récit d’Aristophane l’adversaire principal de Levinas dans Totalité et infini, ouvrage majeur paru en 1961 et dont le sous-titre est « essai sur l’extériorité ». Quand le désir sera demeuré désir, même une fois assouvi, le monde qui nous entoure aura toujours de quoi nous donner envie de le découvrir et d’y trouver des objets d’admiration.
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