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DELORME Damien

La nature et ses marges : la crise de l’idée de nature dans les humanités environnementales

Publié le 2 mars 2022 Mis à jour le 25 mai 2022

Thèse en cotutelle en Philosophie, soutenue le 17 novembre 2021.

Face aux crises écologiques, que faire avec la nature ? Au sein des humanités environnementales, la « nature » est, tout à la fois, remise en cause, rejetée et revendiquée. Cette crise de l’idée de nature oppose, d’un côté, des positions a-naturalistes qui appellent à penser et agir sans la « nature » et, de l’autre, des positions multi-naturalistes qui revendiquent une conception et des usages pluralistes et renouvelés. La première partie analyse les arguments a-naturalistes (d’ordre conceptuel, anthropologique, normatif, politique et pragmatique) et discute quatre pôles de déconstruction : anti-essentialiste (Morton), décolonial (Descola), immanentiste repolitisant (Latour) et environnementaliste post-naturel (Vogel). Mais ces positions s’en tiennent généralement à la critique d’une conception majoritaire de l’idée de nature : dualiste, moderne, coloniale et patriarcale. Que faire alors des voix minoritaires du naturalisme (entendu au sens de Descola) ? La deuxième partie discute différentes perspectives multi-naturalistes (historique, écoféministe, écotopique ou zadiste et conservationniste) qui déploient la pluralité des conceptions et des usages non-duels (relationnels, écologiques, écocentrés, et pluralistes) de l’idée de nature. Ces positions intègrent et dépassent les critiques a-naturalistes en affirmant les ressorts problématisant, subversifs, émancipateurs et créatifs, pensés et mis en œuvre avec les natures, et au sein des marges (anti-coloniales, anti-patriarcales, anti-capitalistes ou anti-extractivistes). La troisième partie approfondit la défense du multi-naturalisme par l’exploration des marges écothéologiques et écospirituelles. Il analyse les dimensions religieuses sous-jacentes à la crise de l’idée de nature et cartographie différentes voies d’une écothéologie ouverte (terrestre, pluraliste et politique), minoritaire mais dessinant des points de rencontre avec les luttes intersectionnelles, notamment pour la justice environnementale. L’analyse de pratiques écospirituelles souligne enfin les liens entre écologie en première personne et écologie politique. Le présent travail propose, en somme, une philosophie mineure de l’environnement qui s’efforce d’entendre, de justifier et de relier les voix minoritaires du naturalisme, comme un témoignage de leurs puissances transformatives, critiques et constructives face aux défis écologiques.

Mots-clés : philosophie de l'environnement, humanités environnementales, crises écologiques, nature, naturalisme, a-naturalisme, multi-naturalisme, écoféminisme, écologie décoloniale, écotopie, conservation conviviale, écothéologie, écospiritualité, écologie en première personne, écologie politique, sauvage.

In the face of ecological crises, what should we do about nature? Within environmental humanities, "nature" is at the same time, questioned, rejected and demanded. This crisis of the idea of nature opposes, on the one hand, a-naturalist positions that call for thinking and acting without "nature" and, on the other hand, multi-naturalist positions that advocate for pluralist and renewed conceptions and uses. The first part of this thesis analyzes the a-naturalist arguments (conceptual, anthropological, normative, political and pragmatic) and discusses four poles of deconstruction: anti-essentialist (Morton), decolonial (Descola), repoliticizing immanentist (Latour) and post-naturalist environmentalist (Vogel). But these positions generally stick to the critique of a majority conception of the idea of nature: dualist, modern, colonial and patriarchal. What should we do then with the minority voices of naturalism (as understood by Descola)? The second part will therefore discuss different multi-naturalist perspectives (historical, ecofeminist, ecotopic or zadist and conservationist) that deploy the plurality of non-dual (relational, ecological, ecocentric, and pluralist) conceptions and uses of the idea of nature. These positions integrate and go beyond the a-naturalist critiques by affirming the problematizing, subversive, emancipatory and creative ideas and implementations with natures and within the margins (anti-colonial, anti-patriarchal, anti-capitalist or anti-extractivist). The third part deepens the defense of multi-naturalism through an exploration of the ecotheological and ecospiritual margins. It analyzes the religious dimensions underlying the crisis of the idea of nature and maps different paths of an open ecotheology (earthly, pluralist and political). These positions are in the minority but they have meeting points with intersectional struggles, notably for environmental justice. Finally, the analysis of ecospiritual practices highlights the links between first-person ecology and political ecology. In sum, this work proposes a minor environmental philosophy that strives to hear, justify, and connect the minority voices of naturalism as a testimony of their transformative, critical, and constructive powers in the face of ecological challenges.

Keywords : environmental philosophy, environmental humanities, ecological crises, nature, naturalism, a-naturalism, multi-naturalism, ecofeminism, decolonial ecology, ecotopia, convivial conservation, ecotheology, ecospirituality, first-person ecology, political ecology, wild.

Directeur et directrice de thèse : Jean-François PIERRON et Sarah STEWART-KROEKER

Membres du jury :
  • M. PIERRON Jean-Philippe, Directeur de thèse, Professeur des universités, Université de Bourgogne, Dijon, France, 
  • Mme STEWART-KROEKER Sarah, Co-directrice de thèse, Professeure assistante, Université de Genève, Suisse, 
  • Mme MARIS Virginie, Rapporteure, Directrice de Recherche, CNRS Centre d'écologie Fonctionnelle et évolutive, Montpellier, France, 
  • Mme RAÏD Layla, Rapporteure, Professeure des universités, Université de Picardie Jules Verne, Amiens, France, 
  • M. CALLICOTT John Baird, Professeur, University North Texas, Denton, USA, 
  • M. CHARBONNIER Pierre, Chargé de recherche habilité à diriger des recherche, SciencesPo Centre d'études européennes et de politique comparée, Paris, France,
  • Mme LARRÈRE Catherine, Professeure des universités émérite, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, France. 

Présidente du jury : Catherine LARRÈRE