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Séminaire JCPA | Philosophie de l’esprit
Publié le 28 mai 2026 – Mis à jour le 28 mai 2026
Intervention de Achraf El RHILANI (Université de Bergen), mardi 9 juin 2026, dans le cadre du séminaire Jeunes Chercheurs de Philosophie Argumentative.
Séance 8 : Philosophie de l’esprit
Achraf El Rhilani (Université de Bergen) : "Affordances et référence directe"
Résumé :
Selon la conception traditionnelle de la pensée singulière, un sujet ne peut avoir une pensée singulière à propos d’un objet que s’il entretient une certaine forme de relation avec lui. Celle-ci est typiquement comprise comme une relation causale. Tandis que cette conception rend bien compte des cas paradigmatiques de pensée singulière (c’est-à-dire les cas de pensée perceptuelle démonstrative), elle peine à expliquer les cas impliquant des objets abstraits ou fictionnels. Comment, alors, rendre compte de la singularité de pensées comme la pensée à propos d’un nombre ?
Dans cette présentation, j’explorerai une théorie nouvelle de la pensée singulière, qui soutient que celle-ci est soumise à une condition d’affordance. Un sujet a une pensée singulière à propos d’un objet si il pense à l’objet et cet objet figure dans les affordances qui s’offrent à lui.
Je montrerai comment cette approche rend compte à la fois des cas paradigmatiques et des cas non-paradigmatiques. Il s’agira alors de surmonter deux défis. Le premier est de montrer que les objets possèdent des affordances. Le second est de montrer que le sujet peut appréhender ou saisir ces affordances.
Le premier défi est quelque peu trivial : aussi bien les objets concrets perçus que les objets abstraits peuvent offrir des possibilités d’action au sujet qui pense à eux. En effet, nous savons depuis Gibson (1979) que percevoir des objets dans son environnement, c’est les percevoir en tant qu’ils sont chargés d’affordances. Mais la perception des affordances, pour Gibson, est une perception directe : elle ne suppose la médiation d’aucune représentation. Autrement dit, les affordances sont directement détectées comme faisant partie du contenu de l’expérience perceptuelle. Si un tel schéma établit le lien entre la perception et l’action, et donc soutient l’approche de la pensée singulière basée sur l’affordance dans les cas perceptuels, il n’en reste pas moins problématique si l’objectif est d’étendre la portée de l’approche basée sur les affordances au domaine non-perceptuel.
Les usages faits de la notion d’affordance en sciences cognitives maintiennent ce lien essentiel pour l’approche que je défends mais nous dispensent des engagements problématiques quant au contenu de haut niveau des expériences perceptuelles. Le modèle des deux systèmes visuels (Jacob & Jeannerod 2003 ; Milner & Goodale 2018 ; Ferreti, 2021 ; Henke, 2021), par exemple, implique un schéma où les affordances sont générées par le biais de la représentation et non pas détectées directement parmi les propriétés de bas niveau dans la perception. Le sujet, alors, saisit les affordances des objets perceptuels en les représentant dans des processus inhérents au système visuel.
Mais les affordances qu’offrent ces objets perçus sont des affordances physiques. L’Hypothèse de l’a0ordance mentale de McClelland (2020, 2023) permet d’étendre ceci aux affordances mentales : l’objet n’afforde plus que des possibilités d’action physique (la chaise qui afforde de s’assoir, le sol de marcher, etc.), il peut aussi afforder (ou offrir) des possibilités d’action mentale (porter son attention, imaginer, calculer, etc.). Cependant, bien que cette hypothèse aille dans la bonne direction, elle ne suffit pas pour étendre la portée de l’approche basée sur les affordances pour couvrir les cas non-perceptuels. En effet, l’Hypothèse de McClelland requière que les objets soient des objets de l’environnement du sujet qui les perçoit pour qu’il puisse percevoir leurs affordances mentales.
Par conséquent, le second défi sera de montrer comment le sujet peut saisir ces affordances mentales lorsque l’objet n’étant pas perçu ni percevable, le sujet ne peut percevoir ses affordances. Ma proposition sera d’extraire des travaux en sciences cognitives sur la notion de contrôle cognitif (Buehler, 2018, 2025) le mécanisme internaliste qui sous-tend les capacités du sujet à agir en vue d’un but. L’idée étant que ce mécanisme interne au système cognitif explique comment le sujet saisit les affordances des objets abstraits, et par conséquent, comment l’approche basée sur l’affordance rend compte de la pensée singulière à propos des objets abstraits.
Je conclurai la présentation en discutant quelques objections possibles à cette approche.
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► Toutes les informations sur le Séminaire Jeunes Chercheurs de Philosophie Argumentative
Contact :
Vasiliki Xiromeriti et Frédéric Schwartz :
vasiliki.xiromeriti@univ-lyon3.fr;frederic.schwartz1@univ-lyon3.fr
Thématiques :
Philosophie; Recherche; Doctorat
Informations
Organisateurs
Vasiliki Xiromeriti (IRPhiL, Université Jean Moulin Lyon 3)
Frédéric Schwartz (IRPhiL, Université Jean Moulin Lyon 3)
Frédéric Schwartz (IRPhiL, Université Jean Moulin Lyon 3)
Mise à jour : 28 mai 2026
