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Conférence | Pour une philosophie de la simulation

Publié le 13 septembre 2018 Mis à jour le 24 septembre 2019

Conférence publique de Franck VARENNE organisée par la Société Rhodanienne de Philosophie.

Intervention de Franck VARENNE (Maître de conférences à l'Université de Rouen), mercredi 27 mars 2019 de 18h30 à 20h.
Franck Varenne
Une simulation informatique est davantage qu’un simple trompe-l’œil dès lors qu’elle n’est pas uniquement une représentation ressemblante, mais aussi un processus. C’est pourquoi on la dit virtuelle. Nombres de philosophes ont déjà analysé les puissances et les limites de ce virtuel-là. La philosophie des techniques et des technologies de l’intelligence a interprété la simulation tantôt comme une nouvelle écriture, tantôt comme une imagination augmentée. De son côté, la philosophie des sciences l’a comparée, à des degrés divers, soit à une forme renouvelée d’argumentation conceptuelle, soit à un type nouveau d’expérimentation.

Dans cet exposé, je proposerai de concevoir la simulation informatique comme une stratégie de symbolisation procédant en deux étapes :
  1. une étape d’interactions entre des symboles référant eux-mêmes à des choses ou à d’autres symboles ;
  2. une étape d’observation et de mesure des effets de ces interactions. Je montrerai que cette caractérisation éclaire les positions précédemment rappelées en en montrant les complémentarités. Je suggèrerai également qu’elle permet de mieux s’expliquer les raisons exactes pour lesquelles, dans certains cas, la simulation est devenue une stratégie épistémique non seulement irremplaçable dans les faits, mais également irremplaçable en droit, notamment lorsqu’il s’agit de représenter des phénomènes composites mettant en jeu une multiplicité de processus radicalement hétérogènes.

La caractérisation précédente permet également de revenir de manière plus outillée sur la propriété dérivée mais majeure de toute simulation informatique, à savoir son caractère de procédé finitaire. Certains y ont vu la marque d’un mauvais virtuel, contraire au bon virtuel qui serait présent, quant à lui, dans les mathématiques de l’infini. D’autres, au contraire, ont vu dans ce caractère finitaire et dans le succès épistémique des simulations la confirmation que le monde physique s’y révèle précisément comme étant de nature atomistique et computationnelle.
Je tâcherai de montrer qu’une part importante du succès épistémique des simulations informatiques pourrait plutôt s’expliquer au moyen d’un argument relativement simple - inspiré d’un matérialisme naturaliste - et qui se trouve être analogue à l’argument fondamental des tenants du matérialisme spéculatif, à cette différence près - décisive - qu’il n’est nullement nécessaire d’y invoquer l’infini. De fait, les simulations nous enseignent aujourd’hui que le débordement de la raison se produit déjà dans le fini.

Pour une philosophie de la simulation à venir, il se pourrait donc que l’objectif prioritaire soit d’éviter de céder aux attraits des conceptualisations procédant à partir des infinis, d’accommoder son regard enfin à la finitude, ne serait-ce que pour se rendre capables de mieux discerner, conceptualiser et qualifier les différents types de connaissances que l’on peut acquérir au moyen de ces stratégies d’exploration de la finitude que semblent bien être également les simulations.
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