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Conférence | Le réel et le monde

Publié le 8 septembre 2016 Mis à jour le 23 mai 2018
Francis Wolff
Francis Wolff

Conférence de Francis WOLFF organisée par la Société Rhodanienne de Philosophie.

"Le réel et le monde" | Conférence publique organisée par la Société Rhodanienne de Philosophie.

Intervention de Francis WOLFF (Professeur émérite à l'ENS Ulm), mercredi 28 septembre 2016 de 18h à 20h.

Une bonne part de l’activité philosophique et scientifique consiste à se demander ce qui existe. La plupart de ces « ontologies » sont « réformatrices ». Elles se demandent en fait : « qu’est-ce qui est réel ? » Elles s’efforcent de dépasser les apparences et de limiter les entités existantes. Mais la première exigence se heurte à une objection relativiste sous une forme phénoméniste : on ne peut savoir ce qu’il y a vraiment, on ne saura jamais que ce qui nous apparaît. La seconde exigence se heurte à une objection relativiste sous une forme nominaliste : toute réduction du nombre d’entités est soumise à l’arbitraire du découpage linguistique. Toute ontologie réformatrice doit se fonder sur des critères permettant de distinguer les entités réelles des apparentes, ou les degrés de réalité des différentes entités.
Les trois critères ontologiques les plus obvies et les plus souvent utilisés sont les suivants : la permanence (sempiternité ou immuabilité) ; l’indépendance ou séparabilité ; la concevabilité. Ces critères ne sont pas toujours concordants. Et selon le poids qu’on accorde à tel ou tel, ou la manière dont on répond aux deux objections précédentes, le destin d’une ontologie réformatrice est souvent de s’achever, soit dans une logique (formelle), soit dans une physique (scientifique) — lesquelles en marquent la réalisation la plus élevée, ou l’échec.

Une autre position du problème est possible : une ontologie qui, au lieu d’être réformatrice, serait purement descriptive, c’est-à-dire à notre mesure humaine — à condition qu’elle puisse répondre aux deux objections de type relativiste précédentes et valoir universellement. Au lieu de se demander ce qui est réel, on chercherait à savoir ce qu’il y a dans le monde — autrement dit la totalité unifiée des entités existantes, leur structure de coappartenance. Celle-ci ne peut être donnée que par le langage en ce qu’il a d’universel.

Nous défendrons l’universalité d’une ontologie descriptive fondée sur trois types d’entités : les choses (déterminées par ce qu’elles sont), les événements (déterminés par le fait qu’ils causent ou sont causés par d’autres événements), et les personnes (définies comme des choses susceptibles de causer des événements — lesquels deviennent ainsi des actes). Aux arguments déductifs, nous joindrons deux preuves par les effets anthropologiques : cette tripartition est au fondement de la division des arts ; et au fondement de la vie sociale réglée par les exigences du Droit.

On en conclura ce qui suit. Pour connaître le réel, faisons confiance aux sciences. Pour savoir ce qu’il y a dans le monde, faisons confiance aux structures universelles du langage humain.



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