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Journées d'études doctorales | "Une philosophie de terrain ?" Première journée : "Philosophie et santé"

Publié le 19 novembre 2018 Mis à jour le 9 janvier 2019
Tandis que, depuis quelques années, les frontières entre certaines disciplines des sciences humaines et sociales (ethnologie, anthropologie, philosophie, sociologie) s'atténuent, le recours à un « terrain » dans la recherche en philosophie tend à devenir de plus en plus présent. En effet, s'opère manifestement une remise en cause d'une certaine division du travail, prépondérante jusqu'alors dans le champ scientifique. La place sur le terrain se voyait réservée aux ethnologues et anthropologues qui produisent des données, soit, quand celui-ci s'en saisit, le matériau du philosophe qui, dans un second temps, théorise et conceptualise à partir de ces résultats – dont il ignore parfois l'histoire et les aléas de la production. Corollairement, on observe ce qu'on pourrait appeler une mutation épistémologique de la recherche philosophique. L'histoire de la philosophie nous enseigne que, bien souvent, la philosophie s'ancre dans un contexte historique, social et politique qu'elle réfléchit par une élaboration conceptuelle, ou qu'elle transforme, faisant de ce contexte la condition d'une praxis indissociable de la réflexion philosophique. Mais, si ces attitudes ne sont pas nouvelles, la pratique de la recherche en philosophie prend un nouveau tour, manifeste dans les travaux actuels de nombreux chercheurs et attirant de plus en plus d'étudiants, dans la mesure où elle donne à l'enquête de terrain une place prépondérante.

Ce n'est pas seulement que la philosophie se donne de nouveaux objets, mais bien plutôt qu'on rencontre le philosophe, dans sa pratique professionnelle, sur des lieux sur lesquels, jusqu'alors, nous étions peu habitués à le trouver. Plus familier des bibliothèques et des universités, il investit aujourd'hui volontiers des hôpitaux, des comités éthiques, des sphères politiques, des camps de migrants, des fermes, des jardins, des usines, etc. L'interrogation philosophique a partie liée avec une expérience concrète, qui vient l'enrichir et la préciser ou, plus encore, depuis laquelle elle vient même à émerger. Cet intérêt renouvelé et renforcé pour une réflexion située incite de manière inédite le philosophe à interroger méthodologiquement son rapport au terrain et à théoriser la place dévolue à ce dernier dans ses recherches.

Quel est alors le sens de cette présence ? En quoi est-elle utile, voire nécessaire et pour qui ? Le travail philosophique et l'élaboration conceptuelle s'en trouvent-ils enrichis, altérés ; peut-on parler d'une philosophie située, voire incarnée ? Sur le terrain, le philosophe est-il présent en observateur et questionneur, muni de son carnet de notes ; est-il un acteur qui fait de son action elle-même, insérée dans un certain contexte, l'objet de sa réflexion ? Comment cette présence sur le terrain s'articule-t-elle avec le travail bibliographique, constituant jusqu'alors l'essentiel de la recherche philosophique ?
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Thématiques :
Philosophie; Recherche; Santé